Restez informé par e-mail

lundi 6 mai 2013

Jusque là, tout va bien, mais pour combien de temps ?

So far, so good, but for how long?

Comme je l'ai signalé dans mon dernier post, maintenant qu’il n'y a plus grand-chose de nouveau qui se passe à Athènes, je ne vais pas continuer à écrire un article par semaine. Néanmoins, je vis toujours sur place et je compte bien vous faire profiter de ce que j'entends sur place si cela peut s'avérer intéressant.


La semaine dernière, j'ai reçu de membres de ma famille à Athènes, et ils ont été surpris de voir que la ville ne ressemblait pas du tout à ce qu'on en disait dans les médias. Je leur ai dit que l'une des raisons pour lesquelles les gens avaient survécu (tant bien que mal) à la crise, c'était parce que les banques n'avaient pas encore commandé les expulsions des personnes qui n'étaient plus en mesure de rembourser leur prêt.
Cela suit une certaine logique. Puisque les banques ont été renflouées avec l'argent des contribuables, il est normal qu'elles se refusent à jeter ces derniers à la rue. Mais la logique, les banques s'en fichent...


Une autre théorie, plus cynique, défendrait l'idée selon laquelle ces banques attendent que le pays soit plus propice aux investissements pour réclamer les appartements de leurs clients débiteurs. Après tout, elles ont tout intérêt à ce que l'économie soit relancée et le cadastre soit en place avant de vendre les domiciles des Grecs aux investisseurs étrangers.


En fait, puisque tout ce qui se passe à Athènes est désormais fait pour rapporter un maximum d'argent aux banques, c'est peut-être une bonne chose de voir qu'il ne se passe rien. Je ne suis pas optimiste, mais aujourd’hui, le six mai 2013, je prends acte de cette théorie qui explique pourquoi les expropriations sont seulement retardées, et j'espère ne pas pouvoir écrire : "Je l'avais deviné" quand l'économie se relancera, si elle se relance un jour.



So far, so good, but for how long?

As I mentioned in my last post, there is not much happening anymore in Athens, so I'm not going to write one article per week. Nevertheless, I still live here and I'm glad I will make you enjoy what I hear on the field if it could be interesting.


Last week, I received some relatives in Athens, and they were surprised to see the city does not look anything like what was said in the media. I told them that one of the reasons why people survived (somehow) to the crisis, was because the banks had not yet ordered the expulsion of people who were no longer able to repay their loans.
This is more or less logic. Since the banks were bailed out with taxpayers' money, it is normal that they refuse to get them to the street. But banks do not care about logic ...


Another theory, more cynical, is based on the idea that banks expect the country to be more attractive to investment before asking for the apartments of their clients in debts. After all, they have a real interest in the economy is revived and the land registry is in place before tehy sell Greeks' homes to foreign investors.


Actually, since everything happening in Athens now is made to bring as much money as possible for banks, it might be a good thing to see that nothing happens. I'm not optimistic, but today, May 6, 2013, I write this theory explaining why expropriations are only delayed, and I hope I won't be able to write: "I guessed" when the economy restarts, if it does one day.

dimanche 7 avril 2013

Puisque rien ne change, je passe en mode "veille"

As nothing happens, I'm in standby mode now.

De retour de congés. Que dire, si ce n'est que le soleil revient, que l'on attend les touristes et que plus personnes n'attend grand chose de la vie en général et des politiciens en particulier ?
Je reste en Grèce, alors si je vois des choses nouvelles, si je visite des lieux intéressants ou si les choses se remettent à bouger, je vous tiendrais au courant, mais je ne vais pas écrire un article par semaine pour dire que la crise est bien là et que ceux qui lui échappent sont de moins en moins nombreux.

Je vous remercie pour votre soutien.
À bientôt.



As nothing happens, I'm in standby mode now.

Back from holidays. I don't know what to say except sun is back, the tourists are expected and no people expect much from life in general and from politicians in particular?
I stay in Greece, so if I see something new, if I visit interesting places or if things are moving, I'll let you know, but I'm not going to write an article a week to say that the crisis is there and that those who avoid it are fewer and fewer.

Thank you for your support.
See you soon.


dimanche 31 mars 2013

La roulette grecque


The Greek roulette

À Chypre, chacun semble avoir pris son parti des mesures imposées par la troïka. Les mafieux russes, aux mains tachées de sang et un couteau entre les dents, ont servi à justifier cette réforme qui va pénaliser les quelques Chypriotes qui s'apprêtaient à acheter leur résidence principale... Après tout, plutôt que de faire des économies, ils n'avaient qu'à emprunter.
Ce qui est tout de même énorme dans cette mesure, c'est que les sommes levées par ce pays au bord de la faillite, sous forme de taxes, ne vont pas servir à financer l'aménagement des infrastructures ou à empêcher les plus démunis de se retrouver à la rue ; ces sommes vont permettre de rembourser la dette publique, en d'autres termes, elles vont permettre aux banques de tenir les engagements qu'elles ont pris envers les investisseurs et les fonds de pension. On se retrouve donc dans le schéma désormais trop connu : quand l'économie fonctionne bien, les riches s'enrichissent, quand elle dégringole, les citoyens payent.


— Et si ça tombe sur moi, qu'est-ce que je gagne ?
— Tu récupères ton argent.

Un ami qui vit à Chypre m'a confié récemment qu'il était surpris de voir que personne ne manifestait outre mesure sur la petite île. Il y avait bien quelques indignés, mais globalement, les gens étaient résignés. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que cette pratique qui consiste pour les banques à détrousser leurs clients au profit des actionnaires et des gros investisseurs n'est pas nouvelle. En fait, seule la méthode varie en fonction des pays. En France, on vous explique qu'il est impossible de ne pas payer de frais de gestion faramineux pour un compte courant. En Grèce, ce compte est gratuit, mais vous payez des commissions à chaque fois que vous retirez de l'argent dans un distributeur qui n'appartient pas à votre banque. Le seul point commun, c'est que comme il est très difficile, voire impossible, de vivre sans compte en banque, les gens se résignent et finissent par payer.



Là où la Grèce et Chypre font preuve d'originalité, c'est sur la place que prend l'État dans ce racket. En France, l'État s'attaque au service public et augmente les taxes afin de satisfaire les investisseurs qui, via les banques, font des bénéfices sur les intérêts de la dette. En Grèce, on assiste au même phénomène, mais l'État s'implique encore plus dans les comptes des ménages.
Jusqu'à présent, il se contentait d'intervenir avant le processus d'épargne, en forçant à la consommation. Pour cela, il disposait d'une arme redoutable : la taxe sur l'épargne. Dans la pratique, tous les citoyens amènent régulièrement au centre des impôts le plus près de chez eux leurs factures et tickets de caisse, leurs impôts sont ensuite calculés en fonction des sommes qu'ils n'ont pas dépensées. Je vous laisse réfléchir à tous les effets pervers qu'entraîne un tel système (recours au prêt quasi systématique pour les dépenses importantes, émissions de fausses factures en pagaille, impossibilité de planifier un budget à long terme...) pour vous dévoiler ce qui, à mon avis, est encore plus dangereux : l'État ne se contente pas de redistribuer une partie des richesses en fonction des revenus de chacun (ce qui est son rôle), mais il intervient directement afin de changer les habitudes des citoyens de façon à ce qu'ils se conforment aux volontés du système capitaliste qui n'est libéral que lorsque ça l'arrange.
Aujourd'hui, un gouvernement s'attaque aux économies des citoyens, même après leur dépôt en banque. Alors, après s'être fait traiter de "cigales" par le reste de l'Europe parce qu'ils savaient qu'on leur prendrait l'argent qu'ils ne dépensaient pas, les Chypriotes ne sont même plus surpris quand ils apprennent que les banques peuvent piocher dans leurs comptes pour se rembourser de la somme due par leur pays, même quand cette somme a justement été empruntée pour sauver les banques...




Maintenant, j'aimerais conclure sur deux points.
— D'abord, je ne suis pas sûr que beaucoup d'ultra-riches disposent de plus de 100 000 euros sur un compte ailleurs qu'en Suisse.
— Ensuite, quelle sera la limite demain ? 50 000 euros ? 10 000 euros ?

L'Europe que l'on nous prépare, où il sera plus avantageux de dépenser son salaire et de prendre un crédit pour acheter une voiture que de risquer de voir ses économies réquisitionnées pour sauver les banques, est-elle vraiment l'Europe que nous souhaitons ?



The Greek roulette

In Cyprus, everyone seems to have accepted the measures imposed by the troika. The Russian mafia, with bloody hands and a knife between its teeth, has been used to justify this reform which will rob the few Cypriot who were ready to buy their primary home ... After all, rather than saving money, they had to borrow some.
But the crazier in these measures is that the funds raised by the country to avoid bankruptcy, taken with taxes, will not be used to finance infrastructure development or to prevent the poorest to finish in the street, these are going to be used to repay the debt, in other words, they will allow banks to keep their commitments to investors and pension funds. We all are now in a too familiar pattern: when the economy is good, the rich get richer when it's not, citizens pay.

- What if I win?
- You get your money back.

A friend who lives in Cyprus told me recently that he was surprised nobody turned violent on the small island. There were a few protests, but people were generally resigned. But what he must have understood is that this practice, which is for banks to rob their customers the benefit and to give it to shareholders and major investors is not new. In fact, only the method varies depending of the country. In France, you're told that it is impossible not to pay management fees to get a current account. In Greece, this account is free, but you pay commissions every time you withdraw money from a machine that does not belong to your bank. The only common point is that as it is very difficult or impossible to live without a bank account, people give up and finally pay.


Where Greece and Cyprus demonstrate originality is the place that the state takes in this extorsion. In France, the state attacks the public service and increases taxes to make investors get profits with the debt interest through the banks. In Greece, we can see the same phenomenon, but the state is even more involved in the way people spend money.
So far, the politics used to interfere before the saving process only, by forcing the consumer to spend his money. To do this, there was a formidable weapon: the tax on savings. Citizens have to regularly bring to the nearest tax office bills and receipts, taxes are then calculated based on the amounts they have not spent. I'll let you think about all the negative side effects involved (almost systematic recourse to a loan for major expenses, fake invoices, impossibility to make a long-term budget ...) to reveal the one which, in my opinion, is even more dangerous: the state does not just redistribute some of the wealth depending of the income of every one (which is its role), but it directly interferes in order to change the habits of citizens and to make them act according to the wishes of the capitalist system which is liberal only when it suits.
Today, a government is attacking citizens savings even after their deposit in the bank. So, after being called pound foolish by the rest of Europe because they knew that they would be taken the money they did not spend, the Cypriots are even more surprised when they've learnt that banks can draw in their accounts to pay the amount due by their country, even when this money was rightly borrowed to save the banks ...


Now, I would conclude with two points.
- First, I'm not sure many ultra-rich have more than 100,000 on any non-Swiss account.
- Then, what will be the limit tomorrow? 50,000 euros? 10,000 euros?

Is the prepared for us Europe, where it is more advantageous to spend his salary and to ask for a loan in order to buy a car than to risk seeing savings requisitioned to save the banks the Europe we really want?


dimanche 24 mars 2013

Chypre, dernier bastion de la démocratie...


Cyprus, the democracy's final citadel

Alors que les beaux jours reviennent sur Athènes et qu'on attend avec eux un lot de touristes souriants et dépensiers, la crise semble se déplacer au gré des vents. C'est maintenant Chypre qui est touché de plein fouet.
Certes, la crise ne s'arrête pas aux frontières et l'imbrication des marchés explique assez facilement ce phénomène de contagion, on peut néanmoins s'étonner de voir cet incendie reprendre dans une zone ou il aurait, tout au moins, pu être anticipé.

D'ailleurs, à y regarder de plus près, ce graphique laisse penser qu'il l'a été, dès 2010 !


La crise chypriote trouve ses racines dans la dévalorisation des titres de la dette grecque, qui remonte à juin 2012. Il s'est donc passé dix mois pendant lesquels on a laissé l'île s'enfoncer doucement. Et maintenant que Chypre boit la tasse, la troïka, qui est restée silencieuse pendant tout ce temps, reprend son oeuvre de destruction.

Après avoir joué aux apprentis sorciers en proposant une taxe sur les dépôts (assimilée à du racket pur et simple par la population) la troïka, grâce à la BCE, a imposé un blocus monétaire sur l'île. Les banques ne seront plus alimentées en liquidités jusqu'à ce qu'elles acceptent le chantage de l'Europe. En clair : la BCE n'enverra plus d'euros aux banques chypriotes tant que le gouvernement chypriote n'aura pas cédé aux exigences de la troïka. En urgence et pour éviter les émeutes, la fermeture des banques a été décrétée à Chypre. Les distributeurs de billets fonctionnent toujours, mais quand toutes les liquidités auront été épuisées, ce sera le chaos. Personnellement, j'ai tendance à penser que la situation géostratégique de l'île incitera la BCE, si elle ne parvient pas à convaincre les politiciens chypriotes de céder, à revenir sur ses décisions avant d'en arriver là.



À Athènes, les banques se déclarent en mesure d'absorber les succursales des banques chypriotes afin de permettre à leurs clients de ne pas souffrir de ce blocus. Nul doute néanmoins que tout cela a un prix et que la Grèce présentera la facture à la troïka dans peu de temps si cette option est retenue.

Là où les choses se compliquent, c'est que Chypre est en partie soutenue par les Russes, non pas parce que tous les mafieux y ont placé leurs capitaux, mais surtout parce que l'île est utilisée comme un comptoir par les entreprises russes. Ces dernières y ont créé des filiales disposant de comptes bien rémunérés dont la vocation première était de ne pas subir une perte au change à chaque transaction entre la Russie et l'Europe. Même si la limite est parfois floue, dans ce cas présent, on est plus face à une astuce destinée à profiter du libéralisme européen qu'à un transfert de l'argent de la drogue et de la prostitution. Pour donner un peu d'air à Chypre, à défaut de racheter sa dette, la Russie peut donc menacer de vendre les plus de 350 milliards d'euros dont elle dispose, ce qui ferait chuter la monnaie. Elle peut aussi, si les Chypriotes sont d'accord, prêter tout ou partie de cette somme à Nicosie et lui permettre de contourner le blocus de la BCE pendant plusieurs années tout en affaiblissant progressivement l'euro.


Après le bolchevique, le Russe redevient l'ennemi parfait sous les traits du mafieux

Bien entendu, d'autres solutions sont envisageables, comme la création d'une monnaie nationale, utilisée parallèlement à l'euro, ou le recours à une monnaie étrangère (depuis sa crise monétaire et financière, le Zimbabwe vit avec des dollars américains sans le soutien officiel des USA). Mais cela ne se fera que difficilement sans la coopération des banques, et pour ces dernières, la solution proposée par la troïka est peut-être la plus avantageuse puisqu’elle leur permet de racketter leurs clients.



Bref, on se retrouve à nouveau à la table d'un jeu de poker menteur dans lequel les banques ne peuvent pas perdre, et dans lequel les citoyens européens, chypriotes ou non, ne peuvent rien gagner. Reste à savoir qui, des banques (représentées par le FMI et la BCE) ou de la Russie, raflera la mise. Quant à Chypre, tant que ses politiciens n'auront pas été remplacés par des technocrates mis en place par la troïka, on espère qu'elle résistera aux assauts de la finance, quitte à devoir s'éloigner de l'Europe.


Cyprus, the democracy's final citadel


While the spring days return to Athens and are expected with a lot of smiling and spending tourists, the crisis seems to be following the wind. It is now Cyprus which is hit hardly.
Sure, the crisis does not stop at the borders and overlapping markets easily explains this phenomenon of contagion, we still can be surprised to see the fire back in an area where it would, at least, have been anticipated.

Moreover, if we look more closely, this graph suggests it has been anticipated, and from 2010!





The Cyprus crisis is rooted in the devaluation of securities of the Greek debt, which started June 2012. Therefore ten months have passed during which the island was let sink slowly. Cyprus is now underwater, the Troika, which has remained silent all this time, is bac to its work of destruction.

After playing the sorcerer's apprentice by asking fir a tax on deposits (seen as an extortion by population) Troika, with the ECB imposed a monetary blockade on the island. Banks will no longer be supplied with cash until they accept the blackmail of Europe. That means the ECB will no longer send euros to Cypriot banks as the Cypriot government has not accepted the demands of the troika. In emergency and to avoid riots, the closure of banks was enacted in Cyprus. ATMs still work, but once all cash have been exhausted, there will be chaos. Personally, I think the geostrategic situation of the island will encourage the ECB, if it can't convince politicians to give up, to reconsider its decisions before Cyprus get there.



In Athens, the banks say they can absorb the subsidiaries of Cypriot banks to allow their customers not to suffer from the blockade. No doubt, however, that all this has a price and that Greece will give the bill to the troika fast if this option is selected.

Where things get complicated is that Cyprus is supported by the Russians, not because all the gangsters have placed their money there, but because the island is used as a counter by Russian companies. They have created subsidiaries with paying accounts whose primary purpose was not to suffer a loss on each transaction exchange between Russia and Europe. Even if the line is sometimes blurred, in this case, it is more a trick designed to take advantage of European liberalism than a transfer of money from drugs and prostitution. To give a little air at Cyprus, if Russia doesn't pay its debt, she can threaten to sell more than 350 billion euros she owns, which would be very bad for the currency. Russia may also, if Cypriots agree, loan all or part of this amount to Nicosia and allow the country to pass by the blockade of the ECB for several years while gradually weakening the euro.

After the Bolshevik, Russian is the perfect enemy again as a gangster

Of course, there are other options, such as the creation of a national currency, used in conjunction with the euro, or the using of a foreign currency (since the monetary and financial crisis, Zimbabwe lives with American dollars without official support from the USA). But this will be difficult without the cooperation of banks and so far, the solution proposed by the troika is perhaps the most advantageous for them since it allows them to extort money from their customers.


So, we are back at the table of a poker liar game in which banks can not lose, and in which European citizens, Cypriot or not, can not win. Now, it's still not sure whatever banks (represented by the IMF and the ECB) or Russia will take all. And about Cyprus, as its politicians have not been replaced by technocrats implemented by the troika yet, we hope that it will stand against the attacks of the finance, even if it means the country will have to move away from Europe.

dimanche 17 mars 2013

Athènes : du sang et des larmes à ne plus savoir qu'en faire


Blood and tears coming out of our ears in Athens

Lorsque je lis les articles de presse ou les blogs sur la Grèce, entre les commentaires méprisants, voire haineux, et les descriptions volontairement misérabilistes destinées à faire du chiffre, j'ai du mal à déterminer ce qui m'agace le plus.
Bien sûr, la crise qui touche la Grèce est complexe et affecte différemment les différentes strates de la société. On peut la voir de différentes façons en fonction des personnes et des lieux que l'on fréquente, et même de la saison à laquelle on visite le pays. Mais ce qui est gênant, c'est que la popularité des articles les plus alarmants et les plus misérabilistes incitent les blogueurs et journalistes à donner au public ce dont il est le plus friand : du fascisme, de la misère et de la violence ; en d'autres termes, du sang et des larmes.




Et c'est vrai qu'entre les nouveaux SDF qui couchent dans des squats ou sur le parvis des églises pour se tenir à l'abri de la pluie avant d'aller faire les poubelles dans la journée pour récupérer de la nourriture et du métal à revendre, les partisans d'Aube dorée qui font le salut nazi dans les rues et les vitrines des magasins fermés depuis déjà plus d'un an il y a de quoi faire le bonheur des journalistes en mal d'images percutantes.

Mais, s'il est criminel d'ignorer la détresse des plus démunis, frappés de plein fouet par la crise, il serait tout aussi coupable de généraliser leur situation. Une crise économique, aussi injuste et dure soit-elle, ne peut pas frapper tout le monde.
En discutant avec des amis, Grecs francophones, la semaine dernière, j'ai par exemple appris que les employés qui travaillaient dans l'apprentissage des langues n'avaient jamais été autant sollicités et n'avaient jamais autant travaillés pour le compte de tous ceux qui voulaient investir à l'étranger, diversifier leur clientèle ou simplement quitter le pays. Une amie m'a aussi parlé du milieu de la télévision, dans lequel une société qui importe les séries et les émissions étrangères se retrouve surchargée de commandes parce que plus personne ne veut investir dans des productions locales, trop chères et peu rentables.




Accessoirement, j'ai aussi pu voir un reportage à la télévision grecque. Avec le titre "peur sur la ville" affiché sur fond rouge, les images alternaient entre les scènes de portes fracturées et les quartiers situés près d'Omonia où résident beaucoup d'étrangers. Le caractère raciste et alarmiste de l'émission ne faisait aucun doute et je suis convaincu qu'avant de nous indigner de l’existence des nazillons d'Aube dorée, déjà endoctrinés, il serait préférable de faire la lumière sur la façon dont l'insécurité (ou le sentiment d'insécurité) est exploitée dans les médias.




Alors, oui, la situation est difficile. Oui, je m'indigne (puisque c'est à la mode) contre l'austérité imposée à un peuple par des techniciens, voire des technocrates, dépourvus de toute légitimité démocratique. Oui, je crains le pire pour ce pays et pour l'Europe si l'on ne trouve pas des moyens pour remettre l'individu (et non l'actionnaire) au centre du dispositif démocratique. Mais je crois aussi que montrer des photos de mendiants et de rideaux fermés ne servira qu'à effrayer les lecteurs, et que la peur mène plus facilement à la soumission qu'à la recherche de solutions.
Je profite donc de cet article pour inviter à nouveau tous ceux qui souhaitent visiter Athènes à se perdre du côté de la rue Kolokotroni, un peu au-dessus de l'axe Syntagma - Monastiraki, un axe incontournable, et pourtant peu connu des touristes, pour qui veut apprécier les nuits athéniennes.




Blood and tears coming out of our ears in Athens


When I read articles or blogs about Greece, between rude comments or hateful and sordid descriptions deliberately chosen to catch readers, I can not determine what annoys me the most.
Of course, the crisis in Greece is complex and affects differently the various segments of society. You can see it in different ways depending on the people and places you frequent, and even the season in which you visit the country. But what is annoying is that the popularity of the most alarming and most sordid articles encourage bloggers and journalists to give the public the most wanted: fascism, poverty and violence. In other words, blood and tears.



And it is true that with the new homeless who sleep in squats or on the steps of churches to keep away from the rain before going to the search the garbage during the day to get food and metal to resell, supporters of the Golden Dawn with their Nazi signs in the streets and shop windows closed for more than one year now that's pure happiness journalists in search of punchy points.


But if it is criminal to ignore the distress of the poor, hit hard by the crisis, it would be equally guilty to generalize their situation. Economic crisis, as unfair and harsh it may be, can not hit everyone.
Talking with some French speaking friends last week, for example, I learned that employees who worked in language learning had never been so solicited and had never worked much for all of those who want to invest abroad, diversify their customer or simply leave the country. A friend also told me about the people of the TV, where a company that imports foreign TV shows is overloaded with commands because nobody wants to invest in local productions, too expensive and unprofitable now.



Incidentally, I also saw a documentary on Greek television. With the title "fear city" displayed on a red background and images alternating between broken doors and neighborhoods located near Omonia where many foreigners stay. The racist and alarmist issue made no doubt and I'm sure before we claim against the existence of the Golden Dawn nazis already indoctrinated, it would be better to make light about how the insecurity (or feeling of insecurity) is exploited in the media.




So, yes, the situation is difficult. Yes, I am outraged (because it is fashionable) against austerity imposed to people by technicians or technocrats with no democratic legitimacy. Yes, I fear the worst for this country and for Europe if we do not find ways to restore the individual (and not the shareholder) at the center of democracy. But I also believe that showing pictures of beggars and closed curtains will only frighten readers, and that fear leads more easily to submission than to the search for solutions.
I therefore take this article to invite, again, all those who wish to visit Athens to get lost around Kolokotroni street, a little above the axis Syntagma - Monastiraki, and an essential axis, yet unknown from tourists, if they want to enjoy the Athenian nights.